ARTFLIP: le skateboard comme support créatif

Comment réunir dans un espace unique : les beaux-arts, le graffiti, le tatouage, l’illustration, la bande-dessinée, le graphisme, le muralisme ? En un mot : ARTFLIP. À partir du 1er avril, la galerie Fresh Paint accueillera l’exposition, réunissant une cinquantaine d’artistes hétéroclites du monde des arts visuels, autour d’un fil conducteur.
Le skateboard s’habille de médiums et textures variés, avec du vécu ou intact, et dans des styles susceptibles de toucher des publics différents. Il y en aura pour tous les goûts ! Quelques noms : Opire, Scribe CSX, Bonar, Éric Dufour, Mc Baldassari, Borrrris, Pierre Nicolas-Rioux, Dewey Guyen, Marc Sirus, Cara Cole, Produkt, Axe…
Au tout début de l’aventure, en voyant les planches de skate usées, brisées, de ses élèves, l’idée de leur donner une seconde vie a germé dans l’esprit de Clôde Beaupré, enseignant et sculpteur sherbrookois. En collaboration avec Arnold, artiste illustrateur multidisciplinaire, l’exposition inauguratrice se déroule courant 2015 au centre communautaire et culturel Françoise-Dunn de Sherbrooke. La seconde édition dans la ville fondatrice, s’achève ce mois-ci.

Artflip fera une halte printanière à Montréal, une première. Arnold, co-curateur de l’exposition nous en parle.

 

Fresh Paint – En début avril, la galerie accueillera la première édition montréalaise d’Artflip, pouvez-vous présenter le projet ? Et, nous en dire plus sur ses racines sherbrookoises ?
Arnold – C’est un regroupement d’artistes issus de domaines différents, qui ont tous pour point commun : la planche de skate comme support artistique. À l’origine, l’idée est née de Clôde Beaupré. Enseignant et sculpteur, il a fondé le programme de skate-études à l’école secondaire du Triolet, à Sherbrooke. Dans le but de faire échec au décrochage scolaire, le programme incite les élèves à obtenir de bonnes notes en permanence, en y associant le plaisir de la pratique du skate au quotidien.
Progressivement, Clôde Beaupré a commencé à récupérer les planches de skate usées et brisées, puis s’est demandé pourquoi ne pas en faire une exposition au centre communautaire et culturel Françoise-Dunn.
Moi, je connaissais le centre, on y exposait parfois des toiles avec des amis, dont certains ont participé par la suite au projet Artflip.

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FP – Quels domaines artistiques seront représentés à Montréal ?

Arnold – Cette année, l’exposition Artflip sera pour la première fois à Montréal et on y présentera les œuvres d’une cinquantaine d’artistes. Il y aura environ 70 pièces conçues par des créateurs de domaines artistiques aussi variés que : l’illustration, le graphisme, le tatouage, le graffiti, le street-art, les beaux-arts, la BD…
Un pourcentage de la recette des œuvres vendues au cours de l’événement, sera reversé au programme de skate-études, tout comme lors des deux éditions précédentes à Sherbrooke.

FP – Pourquoi avez-vous choisi le skateboard comme support à la création ?
Arnold – La planche de skate est capable d’unir beaucoup de monde, puis il y a une petite touche de hasard aussi. Les skates usés sont faciles à trouver. Pour le projet Artflip, les planches proviennent du programme de skate-études, aussi des compagnies spécialisées dans cette pratique et des dons de skateurs.

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FP – Comment percevez-vous en tant que co-curateur et artiste participant, le fait que l’exposition “Artflip, le Glitch Artistique” permette de mixer diverses branches des arts visuels dans un espace unique ?
Arnold –
Je pense que c’est super qu’Artflip puisse connecter les personnes, entre les différentes sphères artistiques. D’habitude, le milieu des arts est divisé en sous-catégories et il n’y a pas toujours d’interactions entre les genres et les styles.  Par “Glitch Artistique”, je veux dire que l’exposition est éclectique. Le fait qu’il y ait autant de domaines représentés conduit par exemple, une personne qui vient à la galerie pour voir le tatouage, à découvrir l’illustration. C’est un mélange.

FP – Il y a d’autres événements artistiques autour du skateboard depuis quelques années, en quoi Artflip se différencie des autres expositions ayant aussi pour fil conducteur, la planche de skate ?
Arnold – On laisse une totale liberté aux artistes, il n’y a pas de règles. Ils sont invités à sortir du cadre et peuvent choisir de créer sur un skateboard qui a du vécu, un aspect usé ou au contraire neuf.
Par exemple, un graffeur pourrait décider d’utiliser une planche brisée ou usagée, tandis qu’un illustrateur créerait sur un skate intact. Puis, pendant l’accrochage, on ne juxtapose jamais deux même styles. À côté de l’œuvre d’un tatoueur, il y aurait une pièce d’un autre genre artistique. Et, les planches de skate ne sont pas toutes disposées à la verticale, ni à la même distance l’une de l’autre.

 

Des photos des éditions précédentes :

Olivier Mitchell: du graffiti au tatouage en passant par Fresh Paint

Olivier Mitchell, un artiste né et élévé à Montréal participe à sa première expo à Fresh Paint. Il  découvre la galerie par hasard, en marchant sur Ste-Catherine, après avoir vu l’enseigne qui dit ART! Il monte et découvre un univers qui l’intéresse, une mentalité qu’il partage, soit l’idée de donner une place à tous styles d’artistes confondus, connus ou non. Olivier discute avec Ana, une des responsable de la galerie. Après avoir partagé son portfolio, il reçoit une place dans la prochaine expo. Olivier a beaucoup aimé son expérience et compte bien participer dans le futur à une autre expo.

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Olivier dessine depuis l’âge de 14 ans environ, faisant ses débuts dans l’univers du graffiti avec la cannette. Il décide de changer de direction et d’aller vers le tatouage autour de ses 20 ans. Il commence donc à dessiner sur papier, travaille surtout des portraits et du coup fait moins de lettrage. Il compte faire un retour dans le graff en utilisant l’expérience qu’il a accumulé avec les dessins de portraits. Les gens ayant tendance à réagir de manière plus émotive devant un portrait que devant du lettrage par exemple, il passe par cet art afin de transmettre plus d’émotions.

Pour son installation à Fresh Paint, Olivier s’est lancé dans la peinture d’un crâne, chose qu’il maîtrise maintenant très bien, dû aux nombreux dessins de tattoo du même thème. Cette maîtrise du sujet lui permet de se laisser aller sans se casser la tête et d’avoir du fun au lieu de stresser durant la période de création. S’il a zéro contrainte pour un dessin, Olivier préfère dessiner un portrait avec un animal par exemple.

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Il s’inspire de tout et de rien, en passant par Alphonse Mucha à des créations d’un tatoueur de old school. Il se gave littéralement de tout ce qui est illustration dans le sens large du thème. Il regarde beaucoup de choses pour s’inspirer mais ça reste rien de spécifique, car c’est surtout l’idée derrière le style qui est importante pour lui.

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Pourquoi le tatouage? Pour Olivier, le tatouage se rapproche beaucoup du graffiti de par l’idée qu’il s’agit de mettre son art à un endroit où il pourra rester et être vu par d’autres personnes. Le graffiti sera peut-être recouvert, le tatouage lui, reste de façon permanente sur une personne. Cet art permet à Olivier de gagner sa vie tout en restant proche du graffiti, une belle manière de faire vivre ses créations. La pratique du tatouage est très artistique et plus ouverte que n’importe quel autre domaine dans le milieu. Olivier est apprenti tatoueur à un shop dans l’ouest de Montréal qui s’appelle Dahlia.