Delphine Dussoubs aka Dalkhafine : entre illustration, animation 2D et VJing

Originaire de France et basée à Montréal depuis 2013, Delphine Dussoubs aka Dalkhafine réunit l’illustration, l’animation 2D et le VJing au cœur de son parcours artistique coloré. Sa fibre créatrice la pousse à se lancer dans une multitude d’expérimentations. Ainsi au sein du collectif BBBlaster qu’elle forme avec Louise Druelle, Delphine se lance dans la création des visuels de la tournée Peace is the Mission de Major Lazer en 2015.
Participante à la 21e édition du festival Under Pressure, qui se déroulera du 10 au 14 août pour célébrer la culture urbaine partout à Montréal, découvrez-en davantage sur le parcours de Dalkhafine, cette artiste multidisciplinaire qui nous emporte dans son imaginaire.

Fresh Paint : Bonjour Delphine, tu es une artiste multidisciplinaire : illustration, animation 2D et VJing. Originaire de France et basée actuellement à Montréal, peux-tu nous en dire plus sur ton parcours, de tes débuts solo sous le nom de Dalkhafine à la création du collectif de VJing BBBlaster ?
Dalkhafine : J’ai fait 5 ans d’études dans le domaine du cinéma d’animation 2D et 3D, puis j’ai commencé en tant que pigiste dans la publicité. J’ai ensuite déménagé à Montréal en 2013, et depuis je travaille plutôt dans l’univers de l’animation 2D, l’illustration et le show. Le fait d’être pigiste est un grand atout car cela me permet de choisir les projets sur lesquels je veux travailler, prendre du temps pour moi quand je le veux, mais aussi d’expérimenter de nouvelles techniques : depuis peu, par exemple, je me suis mise à la peinture (fresques / lettrages) alors que c’est un domaine que je ne connaissais pas tant que ça avant.
Concernant notre collectif de VJ BBBlaster, je me suis associée à Louise Druelle, nous avons fait les mêmes études en animation et on suivait le travail de chacune. C’était assez naturel d’être dans le même collectif car nos deux styles se répondent et nous avons principalement les mêmes sources d’inspiration.

FP : Au cours de ton cheminement artistique, quelle a été l’une de tes expériences ou découvertes la plus surprenante ou la plus exceptionnelle ?
Dalkhafine : Je n’ai pas eu de découverte surprenante, cependant je peux dire que lier le domaine de l’animation et de la musique est quelque chose que j’aime de plus en plus apprendre / faire. Le VJing ou l’univers du show, c’est un peu comme réaliser un clip musical et penser un décors de spectacle en même temps. Tu fais fiter tes animations avec le beat, tu crées en fonction de la couleur musicale que tu entends… c’est vraiment inspirant, surtout que je ne suis pas une musicienne! Alors ça m’apprend beaucoup de chose, et aujourd’hui je vois la musique différemment.

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FP : Comment as-tu été amenée à créer les visuels de la tournée Dear Girl de Pharell Williams en 2014 et du Peace is the mission Tour de Major Lazer en 2015 ? Et, quelle est ton inspiration pour choisir et concevoir des animations qui soient les plus représentatives de la musique ?
Dalkhafine : Pour Pharrell, j’ai été directement contactée par Yoann Lemoine (Woodkid) afin de travailler sur la tune « Hot in here » pour son show à Coachella. Puis comme ça s’était bien passée, ils m’ont recontacté pour travailler sur trois nouvelles tracks pour son Dear Girl Tour à l’automne 2014. Les designs ont été réalisés par l’illustrateur Niark1, donc je n’avais qu’à m’occuper de l’animation 2D.
Pour Major Lazer, c’est le réalisateur New Yorkais Mike Burakoff qui nous a contacté au sein de BBBlaster afin que l’on crée les designs ainsi que les animations pour l’une des tracks du tour. On a presque eu carte blanche, il fallait juste respecter la thématique « jungle » alors c’était vraiment le fun à réaliser.
Il voulait notre style, donc on a juste créé ce que l’on aimait faire. Je pense que mon inspiration vient d’un beau melting-pot des vidéos clips que je regardais étant petite, mais aussi je visionne beaucoup de courts métrages en animation 2D et suis pas mal d’artistes sur instagram. C’est plein d’inspirations quotidiennes qui rythment mon travail.

FP : Ta première participation avec nous (la galerie FreshPaint) fût lors de notre événement Queens Creation, rassemblant des femmes qui ont contribué à la communauté de l’art urbain par leur talent. En cette occasion, tu as créé une déesse hindoue, que retires-tu de l’expérience Queens Creation ? Quelle connexion ressens-tu avec l’art urbain ?
Dalkhafine : Je ne viens pas de ce domaine, même si j’ai toujours trippé sur les fresques et graffs dans la rue. Mais je trouve ça vraiment top de m’y mettre petit à petit, c’est comme explorer une nouvelle voie. Et puis je suis habituée à faire du petit format, alors ça me fait sortir de ma zone de confort haha! J’ai vraiment eu du fun à faire la fresque pour Queens Creation, surtout dans le cadre de cet évènement- là qui donne la parole aux femmes.
Pour moi quelque part, l’art urbain est un peu un moyen de s’exprimer mais à plus grande échelle et d’exposer son travail aux yeux des passants. Ici, tu n’es plus dans le cadre d’une galerie qui te choisit en tant qu’artiste, mais c’est plutôt toi qui choisis de montrer (en vandale ou pas) ce que tu veux montrer. C’est un support à la portée de tous, tout le monde peut y contribuer à sa façon (collages, peintures, graffitis à la bombe… ) et je trouve ça plutôt cool. Ça peut être aussi un bon moyen de faire passer un message pour certains (Obey, Miss Me… ) ou tout simplement de venir égayer la rue.

FP : Entre le 10 et le 14 août, le festival Under Pressure va prendre place à Montréal afin de célébrer pour la 21e année consécutive la culture urbaine. Peux-tu nous parler de l’oeuvre que tu t’apprètes à concevoir dans le cadre du festival ?
Dalkhafine : Je travaille actuellement sur un collage d’une section de deux fenêtres pour le bâtiment La Patrie au coin Sainte Catherine / Avenue de l’Hôtel de ville. C’est la première fois que j’utilise cette technique alors je trouve ça assez excitant. Je tourne autour de la thématique animale et de la jungle pour ces deux panneaux. J’aime bien dessiner des animaux sauvages dans un environnement naturel et organique, car ça vient un peu casser le côté linéaire et droit du paysage urbain.

FP : D’autres expérimentations artistiques en ébullition pour 2016-2017 ?
Dalkhafine : Je vais essayer de me diriger un peu plus vers la peinture / fresque, faire plus de résidences d’artistes pour développer ça et surtout voyager pour rester inspirée!

Dalkhafine
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Charles Acek, des murs aux trains

Sa première bombe aérosol à la main, Charles Acek, originaire de la Rive Sud, s’est aventuré dans une patinoire puis a peint son premier graff. De la patinoire aux usines désaffectées, des ponts aux trains, depuis décembre 2010, il ne s’arrête plus. Sa passion pour le graffiti ferroviaire, son goût pour la peinture sur toile ainsi que son œil pour la photographie en font un artiste à plusieurs facettes. Ayant participé à la deuxième édition d’Artflip plus tôt dans l’année, à Sherbrooke, il expose cette fois-ci jusqu’au 30 avril à la Galerie Fresh Paint pour la première édition montréalaise de l’événement, aux côtés d’une cinquantaine d’artistes.

 

Fresh Paint – Qu’est-ce qui a déclenché ton désir de passer du dessin papier au mur et à t’aventurer dans un terrain abandonné, bombe aérosol à la main, la première fois ? Tu graffes depuis combien de temps ?
Charles Acek – On dessinait tout le temps dans la famille. Mon frère m’a inspiré, il dessine beaucoup, par pur plaisir. Puis, un jour ma mère m’a offert ma première bombe aérosol et je suis allée me promener.
Mon premier graffiti était sur une patinoire, ensuite des murs. Au début, j’en faisais avec un ami graffeur. Depuis un peu plus de 5 ans, je graffe sur la Rive Sud et Montréal : des usines abandonnées, des ponts, des trains…

FP – Que ressens-tu quand tu es seul dans un lieu isolé et que tu t’apprêtes à créer à l’abri de tout
regard ?
CA –
Parfois, je peins pendant 10h et d’autres fois très rapidement. Mon moteur c’est la satisfaction de
réussir ce que je fais, l’action de peindre et mélanger les couleurs, également l’adrénaline qui embarque. Lorsque je graffe, l’espace devient une zone de pensée libre, un lieu d’évasion où se créé un moment de détente.

FP – T’arrives t-il de participer à des murales collectives ?
CA – Pour les trains, je créé avec le collectif de graffeurs AM (All Metal) et le collectif multidisciplinaire N2N (“End to end” : de l’extrémité à une autre du train). Pour les murales, je graffe avec Crane, N2N, 203, Naimo et Lyfer. Il y a plusieurs cliques, on rencontre toujours beaucoup de gens.

FP – Quelle dimension l’anonymat donne à ton art ?
CA – Je ne me suis jamais vraiment caché de dire qui j’étais. Je signe avec mon nom de graffeur qui est différent de mon nom complet car il représente une partie de ma vie comme artiste de rue, mon cheminement en tant qu’Acek. Toutefois, je souhaite m’identifier et être présent.
C’est une tune de Dr. Dre qui m’a inspirée à choisir le pseudonyme “Charles Acek” : “You try to be the king but the Ace is back“.

Painting

 

FP – Tu es un artiste éclectique, en quoi se différencie ton processus créatif selon que tu t’apprêtes à peindre sur un mur, de la toile ou à faire de la photographie ?
CA – L’environnement est ce qui différencie ma façon de créer selon que je peins sur des murs, sur de la toile ou que je photographie. J’aimerais que les gens puissent regarder les trains que je graffe comme les toiles que je réalise. Je veux exploiter le figuratif, pousser le graffiti de façon aussi approfondie que la peinture sur toile, faire de l’art abstrait aussi bien sur les trains que dans la rue et sur des toits.
La photographie, j’en faisais avant de créer avec une bombe aérosol, puis j’ai commencé à immortaliser mes graffiti en les photographiant soit au complet, soit en partie en mode close-up pour mettre en avant un détail.
Quand je graffe sur des trains de marchandises, je m’inspire de la peinture sur toile et j’aime le lettrage structuré et volumineux, exploiter les textures, créer des connexions et des effets. J’ai l’impression que j’embellis le train. J’aimerais rendre le graffiti accessible aux gens.
Lorsque je créé une toile ou une photographie, j’aime sous-entendre le graffiti, qu’il ne soit pas le sujet principal de l’œuvre mais qu’il demeure présent d’une autre manière.

FP – De quelle façon souhaiterais-tu que ton avenir artistique évolue ?
CA – Je veux m’investir dans l’art montréalais. Mes projets et souhaits pour le futur : une exposition personnelle avec des toiles en grand format, une exposition collective avec des amis du street art et d’autres artistes que j’apprécie. J’aimerais vraiment créer des événements autour de l’art de rue, mêler des shows de hip hop au graffiti et encourager l’art en réunissant des artistes de styles différents. Je souhaite organiser un festival d’art de rue sur la Rive Sud durant l’été.

 

¡A MANO! : la passion du lettrage à la main

Quand en 2013 se sont rencontrés le design graphique et la peinture, le collectif artistique A MANO est né.
Composé d’Ileana Hernández et de Michael Jachner, le duo est uni par la passion du lettrage à la main, qu’il souhaite authentique, unique et populaire. “No tape & No stencil” est leur devise.
Malgré l’abondance du numérique, A MANO perpétue le métier du lettreur traditionnel. À l’encontre de l’uniformité et de la conformité du visuel, ils œuvrent dans le but de faire prévaloir l’aspect humain de l’art du lettrage face aux lettres de vinyle découpées à la chaine par des machines, dans notre société toujours en quête de perfection.
De Montréal au Mexique, avec patience et minutie, le collectif pose son empreinte, pinceau à la main.

 

Fresh Paint : Bonjour Ileana et Michael, comment est né le collectif A MANO ? Quelles sont vos sources d’inspiration ?
A MANO – Durant un voyage en Argentine, Bolivie et Mexique, on a vu que tout est fait à la main. Notre inspiration provient des lettres de style victorien en Argentine, pleines de motifs, de couleurs et de reflets de lumière, du style un peu naïf, aussi de l’humoir noir mexicain des Taquerias.
On puise notre inspiration dans la culture des Sonideros au Mexique et de la Chicha au Pérou. Inspiré par la culture latino-américaine, on s’intéresse notamment à ce qui se fait en Inde et en Thaïlande.
On met beaucoup d’effort et d’amour dans notre travail, on peint chaque lettre à main levée “no tape & no stencil”. Le lettrage traditionnel est notre passion, d’où notre citation “Always hecho avec amor”, qui de plus regroupe nos trois langues parlées.

A.Mano


FP : Quel est votre médium de prédilection ? Et sur quels types de surfaces réalisez-vous vos créations ?
A MANO – Nos médiums : la peinture à l’huile (celle utilisée pour le sign painting sèche plus vite), la peinture fluorescente, parfois la sérigraphie.
On travaille sur la vitre, le bois, le papier, des tasses en métal, le tissu, les murs, des textures.
Puis, on crée aussi des affiches avec hologramme. Au Mexique, il y a beaucoup d’emballages cadeaux au motif hologramme. C’est un rappel de l’enfance. On aime ses couleurs et ses reflets métalliques alors on a décidé de s’en inspirer à Montréal.

FP : Pouvez-vous me parler de votre démarche artistique ?
A MANO –
Les métiers du lettrage à la main sont menacés par le vinyle, ces lettres collées sur les vitres, imprimées digitalement et coupées par des machines. Nous, on continue le lettrage traditionnel car le “fait main” a un coté humain, c’est une trace de l’artiste qui le fait, chaque lettre peinte est unique. Le lettrage à la main est l’antithèse du digital, il fait appel à la patience et perpétue les traditions.
Pour cette raison, l’un de nos slogans est “Fuck vinyl” car dans la société dans laquelle on vit, on veut que tout soit parfait, il y a une conformité et une uniformité du visuel, alors on voulait reprendre l’héritage d’avant. Le lettreur est l’un des plus anciens métiers au monde, qui se perd mais depuis quelques années, il commence à réapparaitre.

FP : Lorsque vous peignez sur des vitrines de cafés, restaurants, épiceries fines, magasins, quelle a été votre approche au préalable ?
A MANO –
Quand on marche dans la rue et qu’on voit un commerce qui n’a pas d’enseigne, on demande s’il serait intéressé. On lui explique les avantages du lettrage fait à la main, il ne jaunit pas au soleil et dure au moins 50 ans. Il est arrivé qu’on soit contactés par une personne qui a vu notre portfolio en ligne ou par le biais de connaissances.

cafe M by A Mano


FP : Et, de quelle façon, exprimez-vous votre art à travers la calligraphie ?

A MANO – Lorsqu’il s’agit de commissions, on met notre touche tout en respectant la demande du client. Tout dépend de la vision que le client souhaite exprimer, les valeurs de la place, le type de projet. On suggère des typographies. Quand, ce sont des créations personnelles, on aime créer avec de la typographie en 3D déformée, des couleurs fluo sur fond noir, de l’hologramme.

FP : Vous avez réalisé quelques murales, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que cela vous apporte de différent, étant donné qu’il s’agit d’une surface sur laquelle vous avez moins eu l’occasion de créer ?
Michael (A MANO) – Oui, Ileana du collectif en a faites 5 dont 4 au Mexique et 1 à Montréal.
Ileana (A MANO) – Au Mexique, j’ai créé des murales dans un jardin d’enfant, un bar, un restaurant préhispanique et dans un marché. Puis, également à Montréal, j’en ai fait une, dans le cadre de l’événement El dia de los muertos, pendant lequel il y avait un concert folklorique de Los Vieja au théâtre de l’Uqam.
Je pense qu’un mur, tout le monde peut le voir, alors qu’une installation, il n’y a que moi qui puisse la voir et les personnes qui assistent à cet événement. Le mur est une surface plus accessible. De même que le lettrage à la main sur les vitrines, que tous les passants peuvent voir.

FP : De beaux projets pour 2016 ?
A MANO – Oui, deux collaborations : l’une avec Disamare dans le cadre d’un projet de casques de vélo (design, illustration), la seconde afin de concevoir une édition spéciale et limitée de tabourets. Côté perso, il y aura le lancement de tasses de métal Peltre, on va peindre sur les tasses des messages avec une touche d’humour noir.  Et puis aussi, on va faire le lettrage à la main d’enseignes pour restaurants et celle d’un studio argentique.

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