Programme Graffiti Lachine

                                                                          

programme_graffiti_logoAujourd’hui j’aimerais vous parler du Programme Graffiti Lachine (P.G.L), qui oeuvre depuis maintenant plus de 10 ans auprès des jeunes de l’arrondissement de Lachine de Montréal. Le P.G.L c’est essentiellement Karim et Jimmy, 2 artistes aussi paradoxales que complémentaires, qui ont décidé de transmettre leur passion pour le dessin aux adolescents de Lachine, en partageant avec ces derniers leurs savoirs et expériences. J’ai eu la chance de rencontrer les deux mentors pour une brève entrevue dans le cadre de leur exposition rétrospective qui se déroulait à la galerie FreshPaint.

FP: En quoi consiste le Programme Graffiti Lachine?    

Jimmy: Le P.G.L c’est avant tout un programme qui a pour but de garder les jeunes loin de la rue en les intéressant aux arts urbains. On existe depuis mars 2003, au début nous étions financés par le Fond Jeunesse Québec. En 2004 c’est l’arrondissement de Lachine lui-même qui a décidé de reprendre le projet. Notre mission consiste à aller rencontrer les jeunes dans leurs milieux habituels (école, terrain de jeux, parcs) pour leurs montrer qu’il y a autre chose que la routine dans laquelle ils s’enferment en essayant de les intéresser à l’art, bien que dans notre cas il s’agit principalement du graff vu notre background. Le programme est axé sur l’intervention et la prévention. Il s’agit la de faire prendre conscience aux jeunes quels sont les conséquences auxquels ils s’exposent lorsqu’ils vont tagger des murs, en leur expliquant la différence entre graffiti et vandalisme.

On organise aussi divers ateliers où on leur apprendra à créer leurs propres dessins, logos et même des t-shirts. Notre objectif est de mettre à leur disposition tous les outils nécessaires pour les aider à exceller artistiquement et de façon créative, car on se rend bien compte que si on avait eu la chance de bénéficier de conseils à leur âge, notre cheminement artistique aurait été bien différent. Bien que la plus part des jeunes que l’on encadre soient déjà créatifs et alternatifs à la base; tout le monde a sa place chez nous; que ce soit ton hobby ou que tu aimes simplement dessiner de temps en temps, par exemple quand le prof parle; tu es le bienvenu.

FP: En Parlant de Background, j’aimerais en savoir plus sur votre parcours. Qu’est-ce qui vous a poussé à vouloir dessiner et qui sont vos plus grandes sources d’inspiration?                                  

J: j’ai grandi dans le quartier Saint-Michel qui est un endroit assez difficile, je n’ai pas eu la chance de rencontrer beaucoup de street artists dans ma jeunesse. La majorité de ma famille réside à New York, j’avais donc l’habitude d’y passer tous mes étés et hivers, c’est de là que me viennent mes principales influences. Je me souviens à l’époque, j’emportais mon blackbook partout avec moi et je découpais les dernières pages du magazine The Source pour être sur de ne rien manquer. En grandissant, j’ai commencé à m’intéresser à l’art contemporain comme l’impressionnisme, surréalisme, le tatouage et les mangas. J’adore la complexité visuelle et je pense que c’est quelque chose qui se ressent dans mon style; j’aime créer des conversations entre les images ou encore les jumelant les unes dans les autres. J’ai fait des études en arts visuels au cégep et des cours de peinture et de dessin à l’université, mais je me considère comme un artiste autodidacte.

K: Je suis issus d’une famille d’immigrants de première génération, mais je n’ai jamais manqué de rien. Je faisais beaucoup de sport et je me débrouillais assez bien à l’école, sauf qu’une fois rendus au CÉGEP j’ai commencé à me désintéresser de tout ça. J’ai commencé à chiller avec les boys et à faire des bêtises et à peinturer les murs. J’ai quand même fini mes formations mais avec plusieurs années exploratoires.Sur les murs, j’ai eu beaucoup d’inspirations locales de DA, VC, KOP, TA, BAT, JKR, NME Smack, Scan, Sage, Ether ou encore A2Z et même Nixon, c’est vraiment cette génération qui m’a influencé. J’ai souvent refusé de copier. Malgré mon talent limité, j’ai fini par développer une  technique assez simple et personnelle et axée sur le lettrage et les traits saccadés. En voyant évoluer ceux avec qui je peignais, ça me motivait à continuer à pratiquer et m’améliorer. Bien que le dessin et le graffiti aient beaucoup influencé mon cheminement artistique, j’ai toujours fais ça comme un hobby. Je n’ai jamais vraiment aimé réaliser des fresques sur commande. Je préfère utiliser ma créativité sur d’autres médiums comme l’écran ou des autocollants pour le besoin d’éventuel clients et garder le graffiti et le dessin pour moi.

FP: Pensez-vous que le fait d’avoir des parcours aussi différents l’un de l’autre vous aide à mieux interagir avec les jeunes?                                                                                                                                                                                                      

J: Plusieurs jeunes de milieux et de background différents participent a nos ateliers, mais une fois qu’ils sont réunis, tout le monde se retrouve sur le même pied d’égalité. Cela vaut aussi bien pour les élèves que pour nous, car il faut qu’on puisse s’adapter à eux. Il arrivera même parfois qu’on s’attache à certains, avec le temps plusieurs d’entre eux sont devenus des bons amis. On a pas mal de choses en commun ce qui fait qu’on peut les guider que ce soit dans leurs apprentissage artistique ou dans leur vie de tous les jours.

K : J’ai plus de facilité à interagir avec les jeunes qui sont blasée voir désintéresser, ceux qui vont plus vouloir graffer ou faire du bombing parce que ça a été ma réalité pendant longtemps. Jimmy avec son côté illustrateur, atteint un public plus large qui ont un intérêt plus général pour les arts visuels.

J: C’est ce qui fait le paradoxe de notre équipe!

K: En fait, on leur offre juste un environnement et des outils qui leur permettent de s’exprimer de manière plus créative et artistique.

J : Certains de nos jeunes ont commencé avec des petits dessins sur un coin de feuille et se voient maintenant demander de faire de grandes fresques, d’autres ont même pu ouvrir leur commerce. Le but de nos activités est de créé un esprit de camaraderies, de la confiance en soi à travers le sentiment d’accomplissement et de démontrer que l’art peut nous mener loin

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FP : Qu’est-ce qui a changé depuis l’époque où vous faisiez vos propres graffiti?      

K: ‘’Back in the day’’ le graffiti était plus difficile d’accès qu’il ne l’est aujourd’hui. Si tu voulais faire du graff à l’époque; il fallait que tu t’informes, que tu cherches, bref que tu t’impliques. Je me souviens qu’à mon époque, pour voir du nouveau graff, je devais attendre que l’édition de Radikal ou The Source arrive jusqu’ici pour pouvoir jeter un coup d’œil aux 4-5 pages dédiées au graff qui se trouvaient dans chaque exemplaire. Sinon, il fallait que j’arpente les rues de la ville pour voir les nouvelles fresques réalisées ou les nouveaux tags apparus. Il n’y avait qu’un seul magasin de graff à Montréal, le CellBlock. La communauté était beaucoup plus restreinte. De nos jours, tout est plus accessible. Tu peux aller au Sino ou sinon au Sub-V ou Au Cugino pour aller chercher de la peinture. Si on veut voir des photos de tags il suffit de faire une simple recherche sur Internet. Sans avoir a sortir de chez soi on peut voir ce qui se fait dans le monde. L’expérience est différente pour les jeunes de nos jours. Les styles évoluent et se suivent tellement rapidement.

J: Aujourd’hui le graff est non seulement un phénomène à la mode mais également le mouvement artistique de notre génération et comme Karim vient de le dire c’est un secteur en pleine expansion. Les corporations et les entreprises l’utilisent maintenant pour cible leur parce que ça se vend bien. Au niveau légal beaucoup de choses aussi ont changé, avant le graff était moins connus des autorités maintenant il existe toutes sortes de lois et d’articles destinés à pénaliser les grapheurs et street-artist. Mais d’un autre coté ces styles d’art visuel sont beaucoup plus respectés, car les artistes protègent leurs droits d’auteur et les autorités ce sont adaptées en faisant places au murales comme projets de revitalisation par exemple ou des expositions de toiles dans les galeries et des programmes comme le nôtre.

FP : Ou avez-vous pu exposer jusqu’à maintenant?  

J : Chaque année, nous présentons une exposition annuelle qui se nomme PLUS QUE DES BARBEAUX qui consiste à donner une vitrine au graffiti et l’art urbain de Montréal à la galerie de L’Entrepôt de Lachine. Notre concept est simple, nous exposons les œuvres crées par les jeunes de nos ateliers durant l’année scolaire et nous demandons à un ou plusieurs artistes locaux de créé une ou plusieurs œuvres autour d’un thème commun. Nous en somme maintenant à notre 10e édition ! Pour plus d’information, vous pouvez nous suivre sur notre page Facebook, Programme Graffiti Lachine ou notre site internet www.mag4am.com.Nous avons également un magazine annuel le 4am mag  sur la culture du graffiti et de l’art de rue de Montréal. Il est offert gratuitement dans nos ateliers mais également à la boutique Le Sino, Sub V, Cugino et la galerie Fresh Paint.De plus, cette année vous nous avez donné l’opportunité de présenter une rétrospective de nos ateliers et de nos expositions à la galerie FRESH PAINT dans le cadre du Under Pressure 2014 et nous en somme très reconnaissant. Cela nous a donné l’occasion d’exposer ce que nous faisons à un public plus large.