Portrait d’un artiste : Borrrris

L’exposition Art Flip 2 : le glitch artistique proposait des œuvres d’une cinquantaine d’artistes auxquels on avait demandé de créer une œuvre à partir d’un skateboard. Cette première édition montréalaise relève le défi : une cinquantaine d’œuvres utilisent la planche avec, chaque fois, un regard différent. De l’installation à la peinture en passant par la sculpture, les artistes exposés explorent leur support. En parcourant l’exposition, une œuvre a particulièrement raisonné avec ma vision du skateboard et du graffiti. Il s’agit de la planche réalisée par Borrrris, Se jeter dans la gueule du loup. Cette pièce, à mon sens, illustre bien le sentiment à mi-chemin entre la peur et la liberté qui nous envahit quand on prend d’assaut la rue, avec la bombe ou la planche. Intriguée par cette pièce, j’ai voulu en savoir plus sur cette dernière ainsi que sur l’artiste, qui a collaboré plus d’une fois avec la galerie Fresh Paint. Malgré son horaire chargé, Borrrris a gentiment accepté de répondre à mes questions, en voici un résumé.

D’abord formé en science, Borrrris vise une carrière en pharmacologie. C’est alors qu’il fait son entrée dans l’univers de l’art par la culture du hip-hop et du graffiti. Contrairement aux sciences, il s’agit d’un monde dans lequel les règles sont absentes et où tout est à créer. C’est cette idée qu’il n’existe aucune limite qui l’attire alors vers le graffiti, à cette époque où il se cherche encore. Rapidement, son choix est fait et il se détourne des sciences pour se consacrer à l’art, qui lui permet d’entrer plus facilement en contact avec les gens dit-il. Puis, au fil des réalisations, au graffiti s’ajoutent le graphisme et l’illustration qui lui permettent de communiquer ses idées à un plus grand public.

Son travail artistique est figuratif et très influencé par l’illustration. En effet, par ses compositions et dessins, Borrrris raconte une histoire, illustre un concept ou une idée. Il décrit lui-même son travail comme centré sur l’identité et la perception, éléments qu’il explore dans ses compositions par un travail des formes et des couleurs. L’univers des contes et la mythologie semblent donner à l’artiste une banque de personnages auxquels il ajoute les couleurs et les formes qui lui sont propres. En effet, certains éléments, tel le vert, le mauve ainsi que la figure du cavalier sont récurrents dans son travail visuel. Mais, s’il n’a pas de personnage ou de forme fétiche, tous semblent tirés du même univers; un monde dans lequel les proportions sont étirées pour donner de longs membres à ceux qui peuplent ses histoires le temps d’une image. Si l’imagerie des contes et de la mythologie l’inspire, Borrrris s’intéresse aussi à des thématiques plus sociales. Il a notamment traité d’écologie et d’alcoolisme dans le style visuel qu’on lui connaît, avec son dessin Bottled Up par exemple. Avec cette dernière, il met en image le sentiment de solitude et d’emprisonnement de ceux qui sont dépendants à la bouteille. Cette signature graphique, l’artiste l’adapte selon le médium, tout en cherchant à conserver une cohérence. Il mentionne par contre, se permettre plus de liberté lorsqu’il travaille sur une illustration que sur une murale.

Pour l’exposition Art flip 2 : le glitch artistique, Borrrris propose Se jeter dans la gueule du loup. Peint sur un skateboard, on y retrouve la rue, sous la forme d’un loup, qui veut avaler le planchiste. De cette façon, il illustre ce sentiment qui prend d’assaut le planchiste alors qu’il se lance dans les rues, malgré les risques de blessures et de contraventions. Pour Borrrris, ce mélange d’aventure, de découverte et de danger peut aussi bien s’appliquer au skateboard qu’au graffiti. Bien qu’il ne skate pas lui-même, il retrouve, dans le graffiti, cet engouement pour les sensations fortes et le dépassement de soi présent dans l’univers du skate. Il transpose donc son propre rapport à la rue sur un skateboard pour cette exposition. Il décrit sa pièce comme « une ode à cette lutte qui forge le caractère et qui force à innover ».

Outre le thème de la rue et le support intéressant qu’est la planche, Borrrris choisit de s’impliquer pour une seconde fois dans le projet Art Flip pour la cause qu’il représente. En effet, Art Flip supporte le programme skate-étude de l’école secondaire du Triolet de Sherbrooke. Ce programme vise à contrer le décrochage scolaire en permettant aux amateurs de skate de pratiquer leur sport tous les jours et de participer à des compétitions, tout en poursuivant leurs études.

En échangeant avec Borrrris, j’ai découvert un artiste impliqué socialement qui voit dans l’art et le graffiti notamment un outil qui permet de changer les choses, ou du moins, de les mettre en perspective, d’éveiller les consciences. C’est pour cette raison et parce qu’il n’existe encore rien de semblable à cette époque, qu’avec des amis, il fonde le collectif Impair. Au départ, il s’agit d’une gang de chums qui se réunit pour réaliser des murales dans leur communauté. C’est pour eux la façon logique de faire passer leur message, de s’impliquer dans la lutte contre le décrochage scolaire et de sensibiliser les jeunes à la culture du graffiti.

Enfin, c’est un été chargé qui s’annonce pour Borrrris. Avec la belle saison, c’est aussi le retour des projets extérieurs. Il jonglera donc entre murales et projets d’illustration. Il a aussi participé, le 14 mai dernier, à l’exposition de son autre collectif Skinjackin au Candide Café.

Vous pouvez aussi le retrouver sur Facebook, Instagram et son site web.

 

Toutes les images proviennent du site web de Borrrris.