Sur la route de Polar, il y a des rencontres, des couleurs et des surfaces en tout genre… Ce street-artiste franco-américain, padawan du grand MIST, envisage sa planète dans toute sa diversité et sa richesse. Après avoir quitté son Montpellier natal il y a un an, il arpente les routes d’ici et d’ailleurs comme un terrain vierge propice à l’expérimentation et au développement artistique. Après avoir enfanté d’audacieux et espiègles personnages nommés « Bojos », il flirte à présent avec les formes et les lignes d’une abstraction étonnante mais n’en oublie pas moins de représenter des images figuratives défiant les lois d’un réalisme quasi-photographique. Entre les plages de Colombie, la pointe extrême sud du monde – Ushuaïa – ou même la multiplicité des paysages néo-zélandais, il a choisi de s’intégrer dans les vies des habitants de chaque endroit qu’il visite… Mais alors Polar, quand va-t-on croiser ton travail sur les murales montréalaises ?

Polar3Argentine, Ushuaia.

Fresh Paint: Présentes-toi, et parles-moi de ce qui t’a amené à devenir un artiste graffiti.

Polar : Je suis un artiste français de 28 ans, originaire de Montpellier. Passionné de peinture, j’ai commencé à peindre sur les murs de ma ville à l’âge 13 ans. Tout comme beaucoup de pré-adolescents je recherchais la confrontation et l’adrénaline, j’ai donc fini par troquer mes feuilles de papier et mes crayons contre des bombes de peintures et des murs.

Au début, j’en venais même à vendre mes collections de BD et mes CDs à un frauduleux marchand afin de pouvoir m’acheter mes bombes de peintures. On était toute une bande de copains à peindre toutes les semaines sur les murs de la ville, c’est à ce moment là que l’addiction commença.

FP: Peux-tu me dire quel genre d’artiste tu es ? 

P : Il m’est difficile de m’attribuer un genre, mes inspirations sont diverses. Ce que je peux dire c’est que ma peinture évolue constamment au gré des rencontres et de mes voyages. Je ne suis pas uniquement influencé par d’autres artistes, l’architecture et la nature constituent une influence majeure dans mes compositions.
Je me considère comme un artiste urbain qui partage une esthétique abstraite, les interprétations de mes œuvres sont diverses et multiples, une clé peut ouvrir plusieurs portes.

Pllar8wellington
Nouvelle-Zélande, Wellington.

FP: Comment qualifierais-tu de ton Art auprès d’un néophyte ?

P : Les regardeurs sont seuls maîtres de leur interprétation, les gens n’ont pas besoin de s’y connaître en art pour apprécier le mien. Je pense que c’est un des éléments essentiels de l’art urbain : un art vu par le peuple et pour le peuple.

Lorsque je réalise une œuvre, je partage une histoire qui m’est propre mais je ne souhaite à aucun moment diriger la vision des gens, les interprétations sont libres et infinies.

FP: Pour les gens qui te suivent depuis le début, on peut noter une réelle évolution dans ton art. Qu’est ce qui t’a amené à ce changement ?

P : A un moment donné dans mon parcours artistique je me suis senti bloqué, pris dans une routine. Les gens attendaient toujours la même chose de moi. J‘avais besoin de sortir de là, j’ai donc décidé de prendre un chemin opposé, privilégiant un travail d’atelier au travail de rue, afin de revenir avec un nouvelle approche, plus riche et plus variée. Cette stagnation artistique a aussi beaucoup alimentée mon envie de départ, de découverte et d’enrichissement culturel. L’on pourrait associer mon voyage actuel à une forme de retraite artistique.

polarBolivieBolivie, Sucre.

FP: Est-ce que tu choisis les endroits où tu voyages en fonction du potentiel créatif qu’il y a là bas ? Ou est-ce une fois sur place que tu te sens inspiré et que tu produis ?

P : J’ai pour habitude de choisir les endroits ou je voyage en fonction de la culture du pays et aussi possibilités qui peuvent s’ouvrir à moi une fois sur place.La plupart du temps je trouve des contacts une fois sur place et ensuite l’improvisation créé sa part d’aventure.
Il m’est difficile de produire au préalable car j’aime avant tout prendre en compte le milieu qui m’entoure. Chaque peinture se doit d’être en accord avec son environnement.

FP: Depuis que tu es parti, racontes moi la journée typique de Polar.

P : Il n’y a pas de journée typique, depuis que je suis en Nouvelle Zélande, la vie coûte cher donc il me faut travailler pour pouvoir continuer ma route, je ne voyage pas seul donc il me faut aussi faire des concessions.
Je pense à mon art quotidiennement, je dessine beaucoup et prends beaucoup de photos qui feront partie d’une base de données et alimenteront mes prochaines peintures. Je suis en constante recherche, l’on pourrait dire qu’une journée typique de Polar est constituée essentiellement de recherches de formes, de matières et d’harmonie.

Polar6colombieColombie, Cartagena.

FP: A quelle fréquence changes-tu de pays ? Quel périple as-tu déjà fait ?

P : J’ai débuté mon voyage en Amérique du sud, où j’ai passé environ 3 semaines à 1 mois et demi par pays, selon l’importance que j’y ai accordé. J’ai commencé par l’Argentine (Buenos Aires) et j’ai fini au Costa Rica (San José) le tout essentiellement en bus.
A présent je suis en Nouvelle Zélande depuis 5 mois et je pars bientôt pour l’Australie, où je compte y rester au moins 1 an, pour la suite, nous verrons au moment voulu.

 

FP:Jusqu’à présent, quel pays a été le plus prolifique pour créer ?

P : Je pense que L’Argentine a été le pays le plus prolifique en terme de nombres d’œuvres et de diversité des supports, parallèlement à la ville de Valparaiso au Chili, où l’ art urbain à une grande importance dans l’histoire de la ville.
Cependant les plus beaux projets réalisés ont été en Colombie, un pays pour lequel j’éprouve une affection particulière.

PolarOuarzazatMaroc, Ouarzazate.

FP: Ton but ultime serait de laisser une trace dans tous les pays où tu vas ?

P : Ce n’est pas mon but ultime, mais cela me paraît important de laisser une marque de mon passage dans les pays que je traverse. Je pense que c’est avant tout l’idéal de chaque artiste qui utilise les murs des villes comme moyen d’expression.

 

FP :Quelles sont les différences d’un pays à un autre en terme de Graffiti ?

P : Le style, les formes, les couleurs, même si de nos jours je ne vois plus trop de différences. Avec internet et la mondialisation maintenant ont porte tous les mêmes chaussures, on veut tous les mêmes téléphones et on fait tous plus ou moins les même graffitis.
Je trouve que les différences de graffiti d’un pays à un autre se distinguent de moins en moins.

Polar7NEWZNouvelle-Zélande, Wellington.

FP: Enfant, tu t’imaginais comment ? Et dans dix ans ?

P : Enfant je m’imaginais archéologue et dans dix ans, je ne m’imagine pas encore, parlons plutôt du présent et nous envisagerons le futur plus tard, laissons place au hasard de la vie.

 

FP: Quels sont tes projets à venir ?

P : J’ai un projet mi-Mars commissionné par la ville de Wellington. Je vais intervenir sur les murs d’un parc en collaboration avec une artiste locale qui réalise des fresques murales en mosaïque. Elle a notamment beaucoup travaillé en Amérique du Sud et tout particulièrement dans des favelas au Brésil. Le but est d’associer nos deux univers sur les murs du jardin public afin de lui redonner une nouvelle image plus contemporaine et chaleureuse.

Ensuite, je pars pour l’Australie où je l’espère de nouveaux projets m’attendent.

Polar1Maroc, Marrakech.

FP: Un mot pour les montréalais ?

P : Depuis le début Montréal fait parti de mon voyage. Ma route sur le continent américain n’est pas fini, donc j’ai envie de vous dire à bientôt sur un mur, dans un bar et sous le soleil j’espère!

 

Chili, Valparaiso.