Sa relation à la galerie Fresh Paint est assez récente, et pourtant il y a un peu plus de 6 mois il s’est fait remarqué du public, lors de sa première victoire aux Beaux-Dégats au sein de l’équipe Astred Collective. Sans surprise il a reçu un accueil tout aussi chaleureux, si ce n’est plus, lors de sa première exposition à la galerie Fresh Paint.

Originaire de Farnham, village de la rive sud, Zacharie Potvin Williams (ZPW), grandit entouré de nature et d’art. Sa mère, enseignante en art, encourage son initiation aux arts et aux expérimentations. Du travail de matières naturelles comme les plantes, le bois, à la canette de peinture, rien n’échappe à ZPW. À 12 ans, alors qu’il traine de plus en plus dans Montréal, il découvre la culture street et le graffiti. Pratique, qui va fortement marquer ses années de secondaires. Il profite de la tranquillité de son village natal pour réaliser des murales sous les ponts bordant la rivière. Loin de la cohue de la métropole, il apprend alors à parfaire ses personnages et les détails dans ses graffs. Au secondaire, son intéret pour l’art prend une toute autre dimension, quand soutenu par ses professeurs, il se retrouve à peindre une murale dans son école et à faire les décors d’une pièce de théatre.

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C’est assez naturellement qu’il s’oriente alors vers un Bacc en Studio Art à Concordia, où il est toujours. Plus que jamais, depuis son entrée à l’université ZPW expérimente divers médias, celui qui s’intéressait alors au graff et à la nature, s’essaie autant à la sculpture qu’à la sérigraphie. Qu’importe le médium, une certaine influence végétale, organique domine son travail.
Celui qui suit aussi des cours en sexologie, ne s’étonne pas de la présence de formes génitales dans ses travaux. Il a toujours été intéressé par le corps, les relations, et la complexité de la sexualité humaine.

« Ca commence a être assez absurde que tu puisses avoir accès à internet de partout »

Pour sa fresque réalisée à la galerie Fresh Paint, il s’inspire de croquis de biologie. Au lieu de partir avec une idée finale, il a commencé sa fresque avec “période réfractaire”, cet immense dessin, d’un homme en lévitation, se végétalisant. De là, il remonte la chronologie du personnage jusqu’à sa naissance, en se focalisant sur son rapport à l’éléctronique. Alors que “période réfractaire” était d’abord prévue pour un projet sur la dépression, ce portrait de vieil homme, complète et termine à la perfection l’évolution de la vie de ce personnage sur-branché. L’artiste propose son regard sur sa propre génération et son rapport à la technologie. Du téléphone intelligent au casque de réalité virtuelle, il s’inquiéte des effets neurologiques et sociaux que la pratique excessive de ces appareils puisse poser. Avec son personnage final, il dépeint la difficulté de vieillir, de perdre le contrôle. Une réalité pour toutes personnes agées, mais qui pourrait devenir la nôtre, à force de vivre toujours plus dans la technologie. Le personnage de ZPW, peut être perçu comme une sorte de Neo, qui ne différencie plus la réalité de la matrice, et qui à sa mort, regrette finalement de s’être enfermé dans cette fausse vie au lieu d’avoir profité pleinement de la réalité.

« Des fois c’est important que ce soit juste pour s’amuser, ou pour rajouter de la vie dans une rue »

Bien que le message derrière cette murale, soit assez fort et brutal. Zacharie ne s’identifie par comme un artiste politisé. “Si il y a un message à passer c’est bien de le faire, mais je ne veux pas passer un message sur quelque chose qui ne me touche pas, pour une réalité que je ne vis pas”. Après avoir passé son été à peindre sur des immeubles à Montréal, l’artiste a découvert un aspect interactif de l’art, que ce soit avec les habitants, mais aussi en travaillant en collaboration avec d’autres artistes. Ces collaborations, lui ont permis de penser son travail différemment. Il se distance peu à peu de l’approbation des gens, et au lieu de se concentrer sur le résultat final, concentre son travail sur l’expérience, l’exploration et les sentiments. Contrairement à son personnage de “période réfractaire”, ZPW apprend et prend plaisir à ne pas avoir le contrôle de tout “les fois où je m’amuse le plus en peignant, c’est quand je ne pense pas pour qui je vais le faire, et ça va traduire quelque de plus libre et aéré”.

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