Entrevue : Mateo

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Après son master en Arts Plastiques à l’Université de Toulouse, l’artiste Français, Matéo, s’envole pour Montréal afin de poursuivre ses études et travailler. Son premier contact avec la galerie Fresh Paint, se fait lors d’une soirée Beaux-Dégats qu’il rempote. L’artiste participe ensuite au Festival Underpressure, avant d’investir nos murs pour notre exposition d’Automne.

 

Après avoir passé trois ans à Montréal, l’artiste à parcours l’Amérique Latine pendant plusieurs mois. L’exposition qu’il présente à la galerie, relate le récit de son voyage. Entretient avec l’artiste, où il nous parle de ses inspirations, ses rencontres, les différences de pratique en galerie et en extérieur.
Fresh Paint: Tu as aussi bien travaillé pour Under Pressure que pour la galerie, comment abordes-tu ton travail en fonction qu’il soit destiné à la rue ou à un espace fermé plus institutionnel ?
Matéo: Quand je peins dans la rue, j’utilise toujours la même technique qui est d’improviser un fond coloré pour ensuite y intégrer des personnages grâce au stencil. Si je n’ai pas de temps, cela peut simplement être un stencil en noir sur un mur.
Travailler en intérieur oblige à penser différemment, à prendre possession de l’espace, harmoniser les éléments ou mettre en valeur des tableaux, il est aussi possible d’utiliser d’autres matériaux, comme des collages, des objets, du bois. Par contre on ne peut pas choisir son mur, alors que la rue laisse cette libertée et me permet de trouver de vieux murs usés, avec de la texture et des trace du passé.

Dans les deux cas, je laisse une part d’improvisation à la peinture, mais encore plus dans la rue, cela permet d’essayer de nouvelles choses.

 

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FP: Tu as beaucoup voyagé notamment en Amérique Latine, que-t’on appris tes voyages et comment ont-ils influencés ton œuvre ?
Matéo: Avant mon voyage je peignais simplement des stencils en noir et blanc car j’aimais le contraste que cela donne. L’Argentine et le Chili m’ont ouvert les yeux et fait comprendre que l’on peut expérimenter bien plus de choses grâce à la couleur, la composition, la répétition de motifs…

Le fait que peindre dans la rue soit légal et accepté aide beaucoup car on peut prendre son temps pour expérimenter, on est libre de faire ce que l’on veut et les gens nous encouragent à mettre de la couleur dans la ville.

J’ai eu la chance de peindre avec des artistes locaux et me suis rendu compte qu’ils avaient un background artistique classique de dessin et de peinture, il ne viennent pas tous du graffiti mais considèrent la rue comme un canvas qui permet de s’exprimer artistiquement et de le partager avec les gens du quartier.

Le choix de matériel est aussi plus large, ils utilisent beaucoup de peinture latex au rouleau pour peindre les masses de couleurs, ensuite le spray pour les détails. C’est un choix économique pour faire de grandes pièces et ne pas se limiter dans les couleurs.
FP: Adaptes-tu tes œuvres en fonction des pays dans lesquelles elles sont réalisées?

Matéo: De ma passion pour les voyages j’essaie de me nourrir d’autres cultures qui pour moi font la richesse de notre monde.  Je ne m’implique pas politiquement mais culturellement, le but étant d’acquérir des connaissances pour les partager à travers l’art. Par exemple j’intègre des symboles Inca ou pré-colombien dans mes peintures. A chaque voyage je me balade dans les bazars pour récupérer de vieilles revues ou livres que je ré-utilise ensuite, je prend aussi des photos de statues ou monuments qui m’inspirent, comme une quête de ressources visuelles.

 

 

FP: En plus des voyages,  tu as un large panel de référence dans ton art (littérature, religion/spiritualité, identité) mais on sent surtout l’importance du souvenir. Considères- tu ton travail comme un carnet de voyages, un témoignage des expériences auxquelles tu es confronté, une façon de réflechir,d’analyser ce que tu vis au quotidien ?

Matéo: Biensur les expériences que je vis se retrouvent quelque part dans mon travail, la peinture est un moyen de s’exprimer et raconter son histoire en quelque sorte. J’aborde des thèmes de façon humaniste et tente de réunir les gens, des sentiments qui sont communs à toute personnes, comme le souvenir, l’identité… Après je le fais à ma manière mais il me semble que les gens perçoivent ces sentiments et ressentent quelque chose. Je n’aime pas le principe de religion institutionnalisée et tout le mal que ça peut causer, mais plutôt le fait de croire en quelque chose, d’avoir une spiritualité à soi et ne pas s’enfermer dans un monde trop matériel. En peignant je cherche des éléments à intégrer, par exemple des mots, que je prends dans des livres autour de moi, des symboles ramenés de voyages, des phrases dans n’importe quelles langues, on peut dire que cela fonctionne comme un carnet de voyage. Ces morceaux de vie viennent d’un peu partout, et la personne qui regarde une oeuvre trouvera certainement des choses qui attire son attention ou qui lui rappelle quelque chose de sa propre histoire.

 

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FP:  Question plus technique, les images que tu présentes (en photos ou bien celles utilisés pour tes pochoirs), sont-elles des montages, des dessins ou des images de personnes que tu as rencontrés dans tes voyages ?

Matéo: C’est un mélange de tout ça mais je travaille principalement à base de photos pour créer mes stencils, je les trouve dans les vieilles revues accumulées, parfois sur internet, ou bien je demande à un photographe si je peux utiliser une de ses photos. Donc ce ne sont pas des personnes que je connais, je porte plus attention aux expressions, à la lumière, à la position du modèle. Il m’arrive aussi d’utiliser des photos de voyage, mais rarement de personnes.

Je modifie aussi les images en faisant des découpages, des collages, des superpositions, c’est tout un travail de recherche avant de produire le pochoir.

A coté du street art je travaille beaucoup le collage, donc assembler plusieurs photos pour en créer une nouvelle, ça aide bien et j’essai de mélanger cette pratique avec la peinture. Puis les collages, ça peut aussi se faire dans la rue !

ENTREVUE : ÉCRITE PAR MARINE CAGNIET

 

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