¡A MANO! : la passion du lettrage à la main

Quand en 2013 se sont rencontrés le design graphique et la peinture, le collectif artistique A MANO est né.
Composé d’Ileana Hernández et de Michael Jachner, le duo est uni par la passion du lettrage à la main, qu’il souhaite authentique, unique et populaire. “No tape & No stencil” est leur devise.
Malgré l’abondance du numérique, A MANO perpétue le métier du lettreur traditionnel. À l’encontre de l’uniformité et de la conformité du visuel, ils œuvrent dans le but de faire prévaloir l’aspect humain de l’art du lettrage face aux lettres de vinyle découpées à la chaine par des machines, dans notre société toujours en quête de perfection.
De Montréal au Mexique, avec patience et minutie, le collectif pose son empreinte, pinceau à la main.

 

Fresh Paint : Bonjour Ileana et Michael, comment est né le collectif A MANO ? Quelles sont vos sources d’inspiration ?
A MANO – Durant un voyage en Argentine, Bolivie et Mexique, on a vu que tout est fait à la main. Notre inspiration provient des lettres de style victorien en Argentine, pleines de motifs, de couleurs et de reflets de lumière, du style un peu naïf, aussi de l’humoir noir mexicain des Taquerias.
On puise notre inspiration dans la culture des Sonideros au Mexique et de la Chicha au Pérou. Inspiré par la culture latino-américaine, on s’intéresse notamment à ce qui se fait en Inde et en Thaïlande.
On met beaucoup d’effort et d’amour dans notre travail, on peint chaque lettre à main levée “no tape & no stencil”. Le lettrage traditionnel est notre passion, d’où notre citation “Always hecho avec amor”, qui de plus regroupe nos trois langues parlées.

A.Mano


FP : Quel est votre médium de prédilection ? Et sur quels types de surfaces réalisez-vous vos créations ?
A MANO – Nos médiums : la peinture à l’huile (celle utilisée pour le sign painting sèche plus vite), la peinture fluorescente, parfois la sérigraphie.
On travaille sur la vitre, le bois, le papier, des tasses en métal, le tissu, les murs, des textures.
Puis, on crée aussi des affiches avec hologramme. Au Mexique, il y a beaucoup d’emballages cadeaux au motif hologramme. C’est un rappel de l’enfance. On aime ses couleurs et ses reflets métalliques alors on a décidé de s’en inspirer à Montréal.

FP : Pouvez-vous me parler de votre démarche artistique ?
A MANO –
Les métiers du lettrage à la main sont menacés par le vinyle, ces lettres collées sur les vitres, imprimées digitalement et coupées par des machines. Nous, on continue le lettrage traditionnel car le “fait main” a un coté humain, c’est une trace de l’artiste qui le fait, chaque lettre peinte est unique. Le lettrage à la main est l’antithèse du digital, il fait appel à la patience et perpétue les traditions.
Pour cette raison, l’un de nos slogans est “Fuck vinyl” car dans la société dans laquelle on vit, on veut que tout soit parfait, il y a une conformité et une uniformité du visuel, alors on voulait reprendre l’héritage d’avant. Le lettreur est l’un des plus anciens métiers au monde, qui se perd mais depuis quelques années, il commence à réapparaitre.

FP : Lorsque vous peignez sur des vitrines de cafés, restaurants, épiceries fines, magasins, quelle a été votre approche au préalable ?
A MANO –
Quand on marche dans la rue et qu’on voit un commerce qui n’a pas d’enseigne, on demande s’il serait intéressé. On lui explique les avantages du lettrage fait à la main, il ne jaunit pas au soleil et dure au moins 50 ans. Il est arrivé qu’on soit contactés par une personne qui a vu notre portfolio en ligne ou par le biais de connaissances.

cafe M by A Mano


FP : Et, de quelle façon, exprimez-vous votre art à travers la calligraphie ?

A MANO – Lorsqu’il s’agit de commissions, on met notre touche tout en respectant la demande du client. Tout dépend de la vision que le client souhaite exprimer, les valeurs de la place, le type de projet. On suggère des typographies. Quand, ce sont des créations personnelles, on aime créer avec de la typographie en 3D déformée, des couleurs fluo sur fond noir, de l’hologramme.

FP : Vous avez réalisé quelques murales, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que cela vous apporte de différent, étant donné qu’il s’agit d’une surface sur laquelle vous avez moins eu l’occasion de créer ?
Michael (A MANO) – Oui, Ileana du collectif en a faites 5 dont 4 au Mexique et 1 à Montréal.
Ileana (A MANO) – Au Mexique, j’ai créé des murales dans un jardin d’enfant, un bar, un restaurant préhispanique et dans un marché. Puis, également à Montréal, j’en ai fait une, dans le cadre de l’événement El dia de los muertos, pendant lequel il y avait un concert folklorique de Los Vieja au théâtre de l’Uqam.
Je pense qu’un mur, tout le monde peut le voir, alors qu’une installation, il n’y a que moi qui puisse la voir et les personnes qui assistent à cet événement. Le mur est une surface plus accessible. De même que le lettrage à la main sur les vitrines, que tous les passants peuvent voir.

FP : De beaux projets pour 2016 ?
A MANO – Oui, deux collaborations : l’une avec Disamare dans le cadre d’un projet de casques de vélo (design, illustration), la seconde afin de concevoir une édition spéciale et limitée de tabourets. Côté perso, il y aura le lancement de tasses de métal Peltre, on va peindre sur les tasses des messages avec une touche d’humour noir.  Et puis aussi, on va faire le lettrage à la main d’enseignes pour restaurants et celle d’un studio argentique.

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